Il m'a fallu m'y prendre plusieurs fois pour parvenir à la fin de ce récit. Il ne raconte qu'une première partie de mon voyage et pourtant, il est déjà bien long. J'espère que vous prendrez plaisir à lire cet écrit et que vous trouverez mes expériences intéressantes. Si vous avez des retours à me faire, n'hésitez pas à me contacter via Mastodon, Matrix, ou par Mail. Tout est dans la partie contact de ce blog.
J'ai pas tout relu, et j'sais pas pourquoi j'ai utilisé le passé simple pendant tout le récit, mais j'ai essayé de m'y tenir. Navré si j'ai fait des erreurs grossières qui vous donnent envie de vous crever les yeux.
Bonne lecture !

Dans ma dernière note de blog, j'écrivais, à la veille d'une aventure qui aura finalement duré plus d'un mois, au sujet de mes expériences d'auto-stoppeur.
Je pense qu'il peut être utile et apprécié d'écrire un retour sur ce que j'ai vécu, depuis cette fin janvier jusqu'à début mars, date de mon retour en France.

C'était la deuxième fois que j'essayais de traverser un bout de l'Europe en stop. La dernière fois étant l'été dernier. J'avais essayé de rejoindre la Croatie. Je n'avais que trois jours pour y parvenir, et devant les difficultés rencontrées en Italie (seuls les touristes me prenaient en stop), j'avais décidé à l'époque de prendre un Flixbus une fois parvenu à Genova.
Me souvenant de cette expérience, j'ai décidé cette fois-ci d'éviter à tout prix l'Italie et de passer par la Suisse et l'Autriche.

Avant de conter mon aventure, sans doute est-il bon de justifier en partie le titre de cette note de blog : « En pèlerinage sur un pèlerinage ».
Ce titre trouve son origine auprès d'un ami, Samuel, qui est la raison de ce voyage.

Samuel est musulman pratiquant. Du haut de ses vingt-quatre ans, il a déjà vécu trente vies. Musicien professionnel, professeur-assistant de français en Italie, marcheur accompli, il fait partie de ces êtres qui ne semblent jamais se reposer.
Je l'avais rencontré sur l'île d'Oléron, chez une amie, il y a un an et demi. Ce fut une rencontre plutôt fabuleuse.


Fabuleuse car musicale : Avec son mélodica — un piano-flûte portatif — ou le piano mal accordé de notre amie commune, il ne cessait de jouer des morceaux qui égaillaient nos journées, nos soirées. Du réveil au coucher, nous faisions tout en chanson...
« On va à la boulangerie, pour acheter, des p'tits pains. On va à la boulangerie, pour acheter, des... [...] » chantions-nous alors tous les matins  sur l'air de In The Hall of the Mountain King.
Fabuleuse aussi, car évidente. Immédiatement, nous étions l'un avec l'autre en synergie. J'ai tendance à rappeler que nous sommes sur le même rythme. Notre énergie est similaire et naturellement, nous pensions aux mêmes choses aux mêmes moments, avions les mêmes envies, etc.
Fabuleuse car stimulante. J'ai besoin de personnes qui me stimulent et de par sa curiosité, sa mémoire, son intellect, Samuel est une source de stimulation très importante.

Ainsi, après cette semaine passée sur l'île d'Oléron, lorsqu'il fallu se quitter, il nous était évident que nous serions désormais amis à vie et que nous chercherions à nous revoir dans le plus grand des plaisirs.
Nous nous sommes donc revus quelques jours avant son départ.
Car oui, Samuel m'avait annoncé à la fin de l'été dernier qu'il s'apprêtait à partir et organisait une fête pour l'occasion.
Il s'apprêtait à entamer le cinquième pilier de l'Islam, le Hajj, le pèlerinage vers La Mecque, la ville sainte de l'Islam.
Ce pèlerinage... presque aucun européen ne l'a réalisé à pieds ces dernières décennies. Mais Samuel en rêve depuis qu'il est petit et fin septembre 2019 il est parti en direction de ses prières.


Depuis septembre, je l'ai rejoins trois fois sur son trajet.

Une première fois alors que j'étais parti deux semaines en Allemagne puis en Suisse. Entre les deux, j'ai décidé de le rejoindre une journée, à la frontière franco-suisse. Quel goût merveilleux que de celui que laisse ces vingt-quatre heures dans mon cœur. Nous avons rencontré des frères musulmans qui nous ont tout offert et avons traversé les forêts flamboyantes de l'Orbe.
Puis, une première fois, sous un doux soleil et le café du canal plein la tête, nous nous sommes quittés.

Alors, après avoir visité quelques jours mon amie résidant dans le canton de Sion, lorsqu'il m'indiqua qu'il était à Lausanne, je n'ai pas hésité longtemps et ai décidé de le rejoindre une seconde fois.
Nous avons passé deux jours supplémentaires ensemble, partageant une fondue savoyarde et un moment musical incroyable composé de hang, de piano et de chant, dans le chalet de ses amis.

Par trois fois il me demanda de l'accompagner jusqu'à La Mecque. Par trois fois j'eu le plus grand mal à résister.
Je me sens nomade. Il me coûte un peu de vivre en sédentaire. Mais mes projets sont ambitieux et demandent de la rigueur. Alors par trois fois, j'ai refusé.
Cependant, mon refus fut accompagné d'une promesse : Celle de lui réserver tout mon mois de février et de découvrir, avec lui, la cité mythique d'Istanbul.

Je suis donc parti le 30 janvier matin en direction de la Suisse.
Après une première journée de stop quelconque, j'ai grand plaisir à me souvenir de la seconde.


J'ai d'abord recontré une femme, donc je ne me souviens plus le nom mais qui proposa de m'offrir un café pour que nous puissions prendre, tous deux, le temps de discuter.
Que j'aime cette liberté que celle de ne pas être pressé par le temps ! Je pense sincèrement que c'est la reine de toutes et celle que je chéris le plus.
J'ai donc tout naturellement accepté de boire ce café volontiers sans me mettre aucune pression liée au temps : Je ne rejoindrai pas Samuel avant plusieurs jours, alors autant profiter au maximum de mon voyage.

Cette femme se disait chamane, médium et berçait dans la spiritualité.
Elle me dit que je suis un chaman qui ne le sait pas. Sa gentillesse et sa sensibilité m'ont marqué.
Elle a insisté pour me donner vingt francs, malgré ma propre insistance pour les refuser. Je n'en avais pas vraiment besoin. J'avais prévu un budget avoisinant les 250€ pour le voyage.
Je lui offris ma toupie de doigt, le cadeau d'une amie qui m'est chère et qui m'accompagne dans tous mes voyages depuis trois ans.
La dame-chamane, elle, m'offra une plume. J'aime les cadeaux simples et symboliques.


Boosté par cette matinée, c'est le sourire aux lèvres que je repris la route.
Quelques voitures plus tard, je tomba sur un gars musulman avec qui nous discutions de nos points de vue sur la religion.

Je me défini comme agnostique. Je pars du principe qu'il m'est impossible de savoir si un quelconque dieu existe ou non donc je ne peux à la fois ni dénier son existance, ni la plébisciter. Je ne sais pas donc je ne me prononce pas.
Je pense d'ailleurs que c'est la raison qui fait que nous appelons les religieux des croyants. Ils ne « savent » pas. Si tel était le cas, ils ne seraient pas croyants mais sachants.
Ils « croient », ils ont la foi.
Je pense que c'est une bonne chose que d'avoir la foi. Que ce soit en un ou plusieurs dieux, en la science, en l'humanité, ou autre.
Cependant, me conernant, je n'ai nulle foi en Dieu.
En revanche, j'ai foi en l'humain. Je pense que nous sommes une espèce formidable dans ses possibilité. Je pense que nous sommes capables de surmonter les énormes épreuves auxquelles nous faisons face même si je ne prétends pas que nous le ferons. Je suis aussi convaincu que nous pouvons être une espèce totalement merveilleuse mais qu'il nous faille, pour cela, passer à travers de nombreuses épreuves qui nous demanderont de nombreux efforts et surtout, une patience d'or. Du temps, de l'énergie, de la volonté... voilà les pré-requis pour construire les plus belles de toutes les créations. Alors nous devons les prendre, ne pas agir encore et toujours dans l'urgence et l'aveuglement, même lorsque la situation semble l'exiger.

Nous discutions donc de religion avec cet homme et je lui parlais du fait que j'allais jusqu'en Grèce en stop, que j'avais déjà expérimenté Ramadan par deux fois, notamment pour épauler ma soeur, musulmane convertie.
Je lui parla brièvement de Samuel qui est Hajj, en marche vers La Mecque.
Après une grosse heure de voiture, il finit par me donner 40€ pour m'aider dans mon voyage et me dépose à Fribourg. Je lui promis d'en donner la moitié à Samuel pour l'aider dans son pèlerinage. Je n'avais pas vraiment besoin de cet argent mais il fut, comme la chamane d'auparavant, catégorique. Je ne pouvais refuser.

J'enchaina ensuite les voitures. Un gars m'offrit le CD audio qu'il était en train d'écouter et qui traitait de philosophie : comment être heureux dans sa vie. Je ne pu jamais l'écouter... il se brisa dans mon sac au cours du trajet (je le sentais venir).
Après quelques heures, je fini par arriver à la frontière autrichienne.
Je décida de me poser une petite heure dans la ville précédent la frontière pour manger un bout, boire un café, m'acheter du savon et du dentifrice grâce aux vingt francs suisses offerts par mon amie chamane.
Juste avant de prendre la dernière voiture avant la frontière, il me restait quelques francs et n'en ayant plus besoin, je les donna à une personne qui nettoyait sa voiture au Lavomatic. Elle ne parlait qu'allemand mais on n'a pas eu besoin de discuter longtemps, je lui mis l'argent dans la main et me tira avec un grand sourire.

Je monta dans différentes voitures, jusqu'à arriver juste avant un tunnel, en pleine nuit, à me geler les noix. Le spot était dangereux mais le meilleur, d'après le gars qui m'avait déposé.
Après une heure, un homme fini par s'arrêter et m'amena jusqu'à Innsbruck. Il faisait nuit, c'était la ville. Je n'avais aucune envie de dormir dehors sous ma tente en pleine ville alors j'essaya de trouver un Couchsurfing... sans succès.
Deuxième solution : trouver un bar ! J'alla dans un bar, je commanda un cidre (je ne bois habituellement pas d'alcool), et engagea la discussion avec le groupe de jeunes derrière moi : « Hey, je traverse l'Europe en stop et viens d'arriver en ville. Vous savez où je pourrais trouver un coin pour crécher cette nuit ? »
Ils essayèrent de me trouver un coin pendant quelques heures, en appelant leurs contacts. Mais nous étions vendredi soir et ils avaient envie de faire la fête. Leurs amis ne voulaient ou ne pouvaient m'héberger, eux non plus. Au bout d'un temps, je décida d'aller planter ma tente dans le parc, non loin.
Manque de bol, il était fermé et j'étais trop fatigué pour escalader les barreaux. Je ne connaissais rien de la législation autrichienne, aussi, je ne voulais risquer de me faire emmerder par les flics à l'aube.
Alors je posa ma tente juste à côté du parc, avec la ferme intention de me lever aux aurores.
Toute la nuit, des mecs qui faisaient la fête non loin venaient juste à côté de ma tente et pissaient à côté. Je ne sais pas si vous avez déjà dormi en tente en ville... c'est une sensation vraiment horrible. On ne se sent aucunement en sécurité. Alors quand vous avez des dizaines de mecs qui viennent juste à côté de votre tente pendant des heures... vous ne dormez juste pas.
Je ne dormi pas beaucoup cette nuit-là.

Après avoir petit-déjeuner dans une boulangerie, je finis par avancer en direction de l'autoroute. Là, je fis du stop pendant trois ou quatre heures avant de trouver une voiture qui m'emmena vers la frontière italienne : joie; j'étais à nouveau en mouvement !
La journée fut plutôt chouette. Je rencontra notamment une skieuse de l'équipe nationale d'Italie, actuellement blessée, qui était à la fois ravissante et super sympa.
Puis ce vieil allemand qui fit un détour de vingt minutes aller, puis vingt minutes retour, pour me mener vers, et je cite Le Corbusier, « la plus belle architecture du monde », de magnifiques montagnes.
Enfin, Anna Maria, la dernière m'ayant pris en stop, m'emmena jusqu'à Trieste, la frontière italiano-slovène.
Anna Maria est vraiment une nana trop chouette. Elle demanda à son petit-copain chez qui elle allait passer le week-end de m'héberger pour la nuit... il refusa. Du coup, elle me laissa dormir dans sa voiture pour la nuit.
Le lendemain, les deux me conduisirent en Slovénie.

Après quelques heures, je finis par arriver en Croatie, à Rijeka. J'y ai une amie, rencontrée au Maroc, mais malheureusement elle n'était pas disponible à ce moment. Je continua donc de faire du stop et arriva à une demie heure de Rijeka, plus au sud.
C'est ici que je les vis.

Yannis est un breton. Comme tous les bretons, il est fier de son pays. Comme tous les bretons que je connais, il est super sympa et chaleureux.
Yannis voyageait jusqu'au Liban en stop. Il y a une amie qui travaille avec les migrants.
Yannis était à Rijeka la veille de mon arrivée en Croatie. Il y passa la nuit dans une auberge de jeunesse où il y rencontra Holly.

Holly est une anglaise vivant dans une petite communauté du sud-ouest de l'île. Elle était partie en direction de Thessaloniki, en grèce, pour aider les migrants d'une manière ou d'une autre. De chez elle à Rijeka, elle avait voyagé en bus.

Yannis, proposa à Holly de faire du stop avec lui jusqu'en Grèce. Holly accepta.

Le jour où je les rencontra, ils venaient de marcher de Rijeka au point où nous étions. Ils avaient fait journée blanche : Aucune voiture ne les avait pris.

Ainsi, alors que la nuit tombait, nous continuions le stop tous les trois. Après plusieurs heures, nous décidions de dormir dans la nature, derrière la route. Les tentes montées, le feu nous réchauffant, partageant quelques fruits et un thé improvisé, nous commençions à nous découvrir.
Puis nous partiment nous coucher. Holly dorma avec Yannis car elle n'avait pas de tente. La mienne ne peut de toutes manières n'accepter qu'une personne.

Le lendemain, pouces et bras tendus, nous reprîmes le stop en direction de Split, le sud de la Croatie.
Après un départ timide et plusieurs heures d'attente, nous finîmes par arriver à Zadar.

Yannis trouva un appartement où nous pouvions loger à 3 pour 20€. Nous en profitions pour prendre une douche (j'en avais cruellement besoin) puis nous passions la soirée dans les rues de Zadar. Nous rencontrions un couple trop sympas avec qui nous partagions notre repas et un verre de Raki, spécialité des balkans.
Puis la marche digestive le long de la mer Adriatique et découverte, stupéfiante, de cette orgue. Je vous recommande de regarder sur internet. C'est incroyable. Une orgue dont les notes sont jouées par les vagues.
Nous y retournâmes le lendemain pour y découvrir une toute autre mélodie que celle entendue la veille. La mer, agitée, jouait alors des notes puissantes.
Nous partîmes en milieu de journée en conquête d'un endroit pour faire du stop. Après quelques kilomètres, nous finîmes par trouver.
Quelques voitures après, nous étions à Mostar, en Bosnie-Herzégovine.

Rebelotte : Nous passâmes la nuit dans un appartement peu cher.

Le lendemain, en quête du prochain endroit pour faire du stop, nous pûmes nous aperçevoir des traces laissées par les dernières guerres : des impacts de balle étaient présents dans de nombreux murs.
Des amis m'ont dit, récemment, que certains chemins n'avaient pas étaient déminés et qu'il arrivait encore régulièrement des accidents.

Quelques heures plus tard, nous étions à la frontière avec le Monténégro. Le gars, trop sympa, qui nous avait pris, s'était retrouvé bloqué à la frontière. Il était turc et la douane attendait confirmation que ses papiers soient en règle pour le laisser partir. Cela pouvait durer cinq minutes comme cinq heures, ils n'en savaient rien. Alors, ils nous dirent de faire du stop après la frontière.
Là, un homme qui nous demanda de faire de la monnaie sur un billet de cinquante euros nous prit en stop jusqu'à la capitale.

Je ne sais pas si la capitale du Monténégro possédait un centre historique ou non, mais les coins que nous en vîmes ne ressemblaient à pas grand chose. L'impression que nous laissa cette ville est étrange.

Le lendemain, peu après que nous commençâmes le stop, un gars nous proposa de nous amener jusqu'à la frontière... pour 40€.
Ce genre de proposition fût fréquent jusqu'à ce que nous passions la frontière. L'atmosphère autour de la frontière ne m'inspirait pas confiance. Jusqu'à ce que nous soyons à Skodar, en Albanie, j'étais aux aguets et très très attentif à ce qu'il se passait autour.
Lorsque l'on voyage en stop, il est primordial de se fier à ses intuitions. Ce sont elles qui peuvent nous sauver de situations délicates.
Néanmoins, et heureusement, rien de mal n'arriva cette fois-ci.
Nous finîmes par arriver à Tirana, la capitale albanaise.

À Tirana, nous cherchâmes l'English Hostel, où Samuel avait passé la nuit pour 5€. Un de ses amis, rencontré en Croatie, y travaillait en temps que volontaire : Louis-Charles, un nounours québécois. J'ai adoré ce type dès la seconde où j'l'ai rencontré. Puis il est québécois, la cerise sur le gâteau. J'adore l'humour québécois. Avec eux, je passe toujours des heures à rire aux éclats.

Holly, Yannis et moi restâmes deux nuits à l'English Hostel, à passer du temps avec Louis-Charles et Julian, un cycliste anglais qui traversait l'Europe en stop.
Puis, on fini par dire au revoir et continuer en direction de l'autoroute.
On fit du stop directement sur l'autoroute. Les voitures ne roulaient pas trop vite et ce semblait être normal pour les albaises et albanais.
On arriva rapidement au sud de l'Albanie. Mais nous étions parti trop tard. Alors nous finîmes par être rattrapé par la nuit.


22h, nous étions bloqués à 15km de la frontière, dans une station service. On se les gelait dehors, la température était inférieur aux zéros degrés.
Le géreant de la station service nous offrit donc du vin et du poulet (je suis végétarien et n'avais pas ultra faim à ce moment, donc je n'en ai pas mangé). Puis, il nous proposa de dormir à l'étage de la station, qui était en construction depuis des années et vide.
J'appris plus tard qu'en Albanie, il est courant de construire les fondations des étages de sa maison, même si l'argent manque, pour que les futures générations puissent terminer le bâtiment.
Le lendemain, après deux heures de stop sans succès devant la station, des amis du gérant finirent par nous offrir le bus qui nous mena au dernier village avant la frontière.
Quelques minutes après, une voiture nous emmena à la frontière et s'arrêta avant, l'homme n'avait pas le passeport pour la passer.
C'est donc le pied au sol que nous arrivâmes en Grèce.

Deux ou trois heures de stop plus tard, après avoir essuyé un premier contrôle de la douane qui nous demandait ce que l'on faisait près de la route avec nos sac à dos (tout allait bien, nous n'étions pas des migrants mais des européens), un homme s'arrêta à cent mètres de nous, le long de la route, dans la bonne direction.
Je couru vers lui et lui demanda s'il allait à Thessaloniki. Il y allait, il acceptait de nous prendre, nous avions réussi.

Sur le trajet, il fit une pause avant Thessaloniki pour nous offrir à manger et un café.
Puis une fois arrivés, il nous déposa le long de la mer.

Entre temps, Samuel m'avait indiqué que lui et Tanguy (je reviendrai sur Tanguy plus tard) avaient utilisé Couchsurfing à Thessaloniki et qu'ils avaient rencontré Iliada, une nana trop chouette. Je lui demanda de nous héberger, elle accepta.

Alors nous n'avions plus qu'à patienter jusqu'à ce qu'elle soit prête à nous accueillir et rien de tel que le long de mer pour se balader.

Thessaloniki est une ville piège ! Il nous aura fallu un quart d'heure, à nous balader sur le bord de mer pour finalement rencontrer Jasonus, Gianluca et Sarah. En voyant mes dreads, Jasonus, qui en a aussi nous proposa de venir nous asseoir avec eux pour discuter. Il était francophone et Gianluca, italien, parlait aussi un peu français. Cependant, après avoir échangé quelques mots, nous revenîmes rapidement à l'anglais.
On leur raconta rapidement ce qu'on faisait à Thessaloniki, et immédiatement, Jasonus et Sarah indiquèrent qu'ils connaissaient pleins de gens travaillant pour aider les réfugiés. Holly allait pouvoir facilement se trouver un endroit où elle serait volontaire.

Après une heure de discussion, ils nous menèrent chez Maria.
J'adore Maria. C'est une jeune femme super agréable.

Maria loue depuis quelques mois une maison en ruine qu'elle a retapé pour l'ouvrir à tous ceux qui en ont besoin. Du coup, au quotidien, des gens viennent dormir chez elle (où elle vit aussi), l'aident à retaper la maison, etc.
L'ambiance y est vraiment chouette. Contrairement à beaucoup de squats (pas tous, attention), pas de drogue dans cette maison. Beaucoup de personnes qui vivent chez Maria ont des soucis personnels mais l'ambiance y est toujours agréable, bienveillante.
On resta quelques heures chez Maria, à discuter, puis une fois que nous avions partagé le repas dans un fast-food avec tout le monde, nous rejoignâmes Iliada, notre couchsurfeuse. Nous avions alors promis au groupe de Jasonus de les revoir le lendemain. Yannis et moi avions décider de rester une nuit de plus dans Thessaloniki et de dormir chez Maria le lendemain.

Iliada est une jeune femme de vingt ans ultra pétillante. Elle nous accueilla chez elle en compagnie de Georgia, son amie de la fac'.
Nous passâmes la soirée à discuter de pleins de sujets passionnants, notamment de Samuel et Tanguy, mais aussi de nos vies respectives. Nos hôtes proposèrent alors à Yannis et Holly de boire de l'alcool... et pour ce faire, elles commandèrent l'alcool sur internet, directement via une application. Ce nous paru fou.
Après une soirée fort agréable, une matinée (commencée à 14h) à danser sur la voix de Shakira en remuant nos popotins, après une crêpe, un café, et de la nourriture turque, nous dîmes au revoir à Georgia et Iliada.

Alors, nous rejoignâmes la maison de Maria. Nous passâmes la journée à discuter, cuisiner (après qu'un groupe récupéra de la nourriture encore saine dans les poubelles des super-marchés voisins), jouer de la musique et rire. C'était une belle journée.
Le soir, Iliada nous rejoignit pour passer la soirée avec nous tous. Puis là, elle nous posa une tonne de questions autour du fait que Yannis et moi allions en direction d'Istanbul en stop. Est-ce que nous n'avions pas trop peur ? Par exemple de nous faire agresser ou de ne pas être pris en stop du tout ? Après quelques dizaines de minutes, elle prit la décision d'aller jusqu'à Istanbul avec Yannis. Moi, depuis le début il était prévu que je m'arrête à la position de Samuel et Tanguy.
La décision prise, elle rentra chez elle.

Le lendemain, nous dîmes au revoir à tout le monde. Puis, après quelques adieux difficiles avec Holly, nous partîmes en direction d'Alexandropouli.

Nous pensions y arriver le soir même mais le stop fonctionna très mal cette journée là. Au final, nous n'avançions pas de cent kilomètres ce jour-là. Nous dormîmes en tente, à côté de l'autoroute. Iliada n'avait jamais dormi en tente. C'était donc une double première expérience pour elle.

Le lendemain, après plusieurs heures à faire du stop directement sur l'autoroute (les autoroutes grecques ne sont pas aussi dangereuses qu'en France, pour faire du stop), un camion fini par nous arrêter directement à l'est d'Alexandropouli.
De là, nous marchâmes jusqu'au prochain village, et, puisque personne ne nous prenait en stop, prîmes un bus menant au village où Samuel et Tanguy nous attendaient : Feres.

Je fus tellement heureux d'arriver enfin à rejoindre Samuel. Durant tout le voyage, j'avais cette drôle de sensation de le poursuivre. Rencontrer les personnes qu'il avait rencontré, emprunter des chemins qu'il avait emprunté, des semaines ou mois auparavant. J'avais une réelle impression d'être en pèlerinage sur ses traces.
Nous nous retrouvâmes au monastère de Feres, le sourire jusqu'au oreilles.
Lorsque nous les rejoignâmes, ils essayaient de demander au pope du monastère s'il était possible d'être hébergé pour la nuit mais aucun ne parlait anglais. Heureusement pour nous tous, et à leur plus grande surprise car nous avions gardé le fait secret, Iliada était avec nous et pu demander la chose en grec.

Immédiatement, notre requête fut acceptée et nous dormîmes dans la salle de réception, libre pour la nuit. Pour la soirée, ils nous offrirent de quoi manger, du fromage et de la viande (harām, par contre, la viande). Du coup, avec Samuel, nous partîmes chercher de la nourriture végétarienne. Ce fut l'occasion d'échanger tous deux quelques mots. Bonheur.

Ce fut aussi l'occasion de rencontrer Tanguy, que je ne connaissais pas mais aimais déjà. Tanguy est un jeune chrétien de vingt ans. Après avoir mal vécu sa première année en école d'ingénierie, il avait décidé de quitter son foyer familial, à Tours, sans le moindre argent, pour entamer un pèlerinage vers Jérusalem.
Comme Samuel, il parti en septembre.
Et je ne sais pas exactement comment, mais à force d'être accueillis par les mêmes personnes durant leurs voyages respectifs, l'un entendu parler de l'autre et ils finirent par se rencontrer en Albanie et marchèrent ensemble depuis.
J'adore Tanguy.

Le lendemain, nous bûmes un café tous ensemble puis dîmes adieu à Iliada et Yannis. Ils continueraient en stop mais pour nous, Istanbul devait attendre quelques jours encore. Nous ne l'atteindrions qu'une dizaine de jours plus tard.

Sacs à dos sur le dos, nous prîmes la direction de la frontière, avec l'objectif d'atteindre Ipsala, en Turquie, le soir.

C'est un tout autre voyage qui commença alors. Un voyage dont je connaissais déjà les contours. Marcher sur de longues distances, après avoir traversé la France à pieds, avoir cherché à me nourrir de pêche et de cueillette en Norvège pendant des semaines, après avoir traversé le Connemara à pieds... la sensation m'est connue, familière, agréable. Le sac à dos sur le dos, je me sens dans ma zone de confort. Puis après avoir traversé une dizaine de pays en une dizaine de jours, j'étais désormais habitué à devoir demander de l'aide aux personnes rencontrées sur le chemin malgré la barrière de la langue.

Ainsi, nous étions sur le chemin pour franchir la Turquie. La zone est surveillée, nous l'avons constaté très rapidement. Alors que nous marchions avec nos sacs à dos, deux flics nous arrêtèrent sur place, nous demandèrent nos passeports, ce qu'on foutait ici, si nous étions passé par la rivière pour venir en Grèce, etc.
L'un d'eux décida de partir au poste de police avec nos passeports pour les vérifier, malgré le fait que nous lui avons dit que nous ne voulions pas les lui laisser. Il s'en fichait. Face à la police, le seul sentiment récurent que j'ai est celui de l'impuissance. Quoi qu'il arrive, ils feront toujours ce qu'ils veulent et nous ne pouvons que nous y plier ou être sanctionné.
Alors nous attendîmes quelques dizaines de minutes, profitant de la pause forcée pour grignoter une pomme et des fruits secs. Pour éviter que l'on contacte qui que ce soit, ils nous demandèrent de déposer loin nos téléphones. Dès que nous touchions nos sacs à dos pour récupérer de la nourriture, le flic qui nous surveillait s'apprêtait à sortir sa matraque. Bientôt, une autre voiture arriva pour soutenir le policier qui nous surveillait.
Au final, celui qui était parti vérifier nos passeports revenu et nous les rendîmes. Ils nous laissèrent partir.

Nous continuâmes donc jusqu'à la route menant à la frontière. Nous avons pu constater du nombre de militaires et policiers présents sur les lieux, faisant des rondes régulières. Nous les avons vu arrêter un groupe d'une dizaine de migrants. Ce ne se joue à pas grand chose les droits... Vous naissez français, vous avez le droit d'écraser le monde entier et de vous déplacer partout, en tant que souverain, que colonialiste...
... mais garde à vous si vous naissez syrien. Vous n'avez le droit alors qu'à la guerre, la souffrance, et faites attention à ne pas essayer de dépasser cette condition. Vous n'en avez pas le droit. Si vous essayez, vous serez punis. Vous êtes condamné à souffrir. Et pire encore si vous êtes une femme. À peu de choses près, vous auriez pu naître homme. À peu de choses près...


Ainsi, nous finîmes par arriver au poste de frontière.
Là, la douanière nous tampona le passeport et nous dit qu'il nous était interdit de traverser la frontière à pieds, que nous devions obligatoirement faire du stop, qu'on ne nous laissera pas traverser le pont.
Quelques minutes plus tard, nous essayâmes de traverser le pont quand même.
À quarante mètres de celui-ci, nous voyons la sentinelle mettre la main sur son arme, nous indiquer de faire demi-tour et de trouver une voiture.
Nous levons nos passeports, nous lui demandons s'il est possible de discuter. Il ne comprend pas l'anglais et de toutes manières, se fiche probablement de ce que l'on dit. Il insiste. Nous sentons le danger monter, nous faisons demi tour.
Nous décidâmes de demander à tous les véhicules s'ils pouvaient nous prendre avec eux. J'en avais marre de faire du stop et pourtant il fallait en faire une fois de plus.
Aux passagers d'un bus privé, nous expliquâmes notre histoire, notre objectif : traverser la frontière.
Alors que la plupart étaient partants pour nous laisser monter dans le bus, l'une des passagères dit, en grec, quelque chose qui semblait être « Vous pensez vraiment qu'il est possible qu'ils aient fait tout ça à pieds ? Je refuse catégoriquement qu'ils montent ! Ils sont probablement dangereux ! ».
Toujours est-il que celle qui semblait organiser le voyage s'excusa et dit que nous ne pouvions monter dans le bus.
Le pire ennemi de l'auto-stoppeur est toujours la peur.

Une grosse heure plus tard, nous finîmes par trouver une voiture. Ils allaient dans la direction d'Ipsala et du coup, puisque nous avions passé notre journée à devoir faire du stop, nous acceptâmes qu'ils nous déposent à notre ville étape.

Nous étions finalement arrivés en Turquie et j'avais, à ce jour, eu l'impression d'être parti six mois et d'avoir vécu deux voyages déjà.

Si vous souhaitez visualiser le trajet emprunté, vous pouvez cliquer sur ce lien. Tous les points représentent les endroits où j'ai dormi, mis à part Thonon-Les-Bains qui me sert juste pour tracer le bon itinéraire.